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La grande histoire de Bauer-Thermopyles / 1


Remontons 22 ans en arrière, à l’époque des patt’d’éph et de l’arrivée de J.C. à l’Hôtel de Ville. Nous sommes en 1977 et le Pos* (Plan d’occupation des sols) de Paris est approuvé. En ces temps anciens, les services de la Ville jugent in-dis-pen-sa-ble la réalisation d’un espace vert de 6300 m2 dans le quartier. Dans les bureaux capitonnés et enfumés de l’Apur* (l’Atelier parisien d’urbanisme), l’on crée donc, sur plans, une “réserve* d’espace vert”. Moins poétiquement, cela signifie qu’on définit un périmètre à l’intérieur duquel les constructions vont pouvoir être rachetées par la mairie et qui, une fois rendu à l’état de friche, sera obligatoirement aménagé en espace vert.

Maison après maison ou appartement après appartement, la Ville préempte* les constructions ou en exproprie* les propriétaires (même les plus rebelles ne font pas le poids). Les achats se font au prix du terrain inconstructible puisque la Ville, conformément au Pos, n’a pas le droit de construire, mais doit aménager un espace vert. Chaque année, le quartier voit déménager vers la banlieue la plupart des personnes modestes qui habitaient ces vieilles maisons, car rien d’équivalent ne leur permet de se reloger* aux alentours.

En 1989 l’immobilier parisien “flambe” déjà depuis deux ans, quand le Pos est révisé par la Ville. A cette occasion, la “réserve d’espace vert” passe de 6300 m2 à 1150 m2 ! Tout d’un coup, les 5150 m2 déjà rachetés par la Ville sont devenus constructibles ! Belle opération financière pour la Ville.

Août 1991, ça commence à frémir dans le quartier : le journal La Page* publie une liste d’opérations immobilières recensant 43 sites voués à la destruction.

Novembre 1992, toujours avec La Page, des habitants, urbanistes, architectes et représentants d’autres associations de Paris se retrouvent au cours d’une réunion publique* sur les problèmes d’urbanisme dans le quartier. Le débat est si fructueux, qu’une poignée d’habitants, pour la plupart riverains* de “Bauer-Thermopyles”, décide de créer une association.

Naissance de l’association

Début 1993, Urbanisme & démocratie affiche déjà 60 adhérents et définit le 8 avril, au cours d’une nouvelle réunion publique, sa manière de fonctionner. Une pétition est lancée.

Le 21 juin, la mairie d’arrondissement organise une soi-disant réunion de concertation* sur le projet Bauer-Thermopyles. Tout le monde s’attend à l’annonce de l’aménagement de l’espace vert. Stupeur chez les riverains, les derniers terrains inconstructibles (ceux du petit jardin) se métamorphosent en immeubles allant jusqu’à six étages ! Rue Didot, une barre d’immeubles R+6* doit même enjamber les rues Thermopyles et Cité Bauer. Selon la Ville, le terrain restant était trop petit pour faire un jardin ! La fureur passée, les habitants avancent arguments après arguments pendant que d’autres font signer la pétition sur les marches de la mairie : 500 signatures sont recueillies.

Une réunion publique est organisée, rue des Thermopyles par un soir d’été. L’avis est unanime : la mairie doit revoir sa copie. C’est ce qu’elle fait en répartissant autrement les 130 logements prévus, mais toujours sans espace vert et en gardant un porche sous immeuble à l’entrée de la rue des Thermopyles.

Cependant, pour supprimer la “réserve d’espace vert” et construire sur cette zone, la mairie doit modifier le Pos afin de rendre légalement les terrains constructibles. Un gros travail pédagogique commence alors pour l’association. Il s’agit d’expliquer au plus grand nombre d’habitants le déroulement d’une enquête plublique*, de monter qu’il est possible d’intervenir sur un projet d’urbanisme, d’inciter à ne pas se laisser tromper une fois de plus.

“L’espace vert est un minuscule morceau de ce qui ne peut pas ÊTRE ABANDONNÉ”
(un parent)

Enquête publique

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affichage - mai 1996

Mars 1996, à la veille des vacances scolaires, la Ville annonce l’enquête publique tant attendue. Les affichettes réglementaires, rédigées en jargon architectural, sont peu claires pour le citoyen moyen. La mobilisation des membres de l’association est alors sans précédent, d’autant que l’enquête doit se terminer le 18 mai, après les nombreux “ponts” de cette période de l’année. Des avis sont placardés dans tout le quartier. Le mode d’emploi de l’enquête publique est largement diffusé, un guide pratique pour répondre aux questions est établi. La FCPE (Fédération de parents d’élèves) contactée fera le relais auprès des parents et amplifiera le mouvement (pas de jardin, pas d’équipements pour la petite enfance et pas de locaux associatifs : les parents d’élèves sont très “remontés”). De l’avis même du commisssaire-enquêteur*, une impressionnante mobilisation de riverains s’en suit. Le goût amer d’avoir été manipulé a visiblement laissé des traces. Chaque jour avant la fin de l’enquête, de nouvelles affiches sont placardées par l’association ; elles indiquent dans un compte à rebours tragi-comique qu’il reste peu de temps pour aller répondre à la mairie.

Le 18 mai, dernier jour de l’enquête, la manifestation* organisée par U&D réunit une cinquantaine de personnes devant la mairie pour offrir un arbre au commissaire-enquêteur. Un autre arbre, symbolisant l’espace vert à préserver est remis au maire d’arrondissement qui n’apprécie guère. Il essaye d’expliquer dans le journal municipal que pour “conquérir quelques arbres d’alignement le long des nouveaux immeubles, il faut supprimer la petite enclave d’espace vert incluse au Pos” (sic). Remarquez comme le vocabulaire est bien choisi !

Juillet 1996, le rapport d’enquête tombe. Verdict : avis totalement défavorable. Le commissaire-enquêteur déclare : “Les raisons avancées par la Ville de Paris pour justifier son projet sont dénuées de toute réflexion urbanistique et architecturale”. C’est une première à Paris. En général les enquêtes sont plus ou moins bouclées à l’avance et les arguments des habitants rarement pris en compte. Le rapport dénonce les “conséquences néfastes” du projet “sur la qualité de vie des habitants”. Il reconnaît que “le déficit d’espaces verts et libres dans ce secteur est criant”. Par une lettre datée du 24 juillet, l’association demande au maire d’arrondissement la réorientation rapide du projet d’aménagement.

Le 5 octobre 96, la première fête des Thermopyles depuis 16 ans, rassemble une centaine de personnes par un samedi après-midi pluvieux. Les habitants n’entendent pas en rester là : il faut maintenant imaginer ensemble un quartier agréable pour tous et dessiner le futur jardin.

U&D commence à structurer son travail et réunit les bonnes volontés de l’association afin d’organiser la concertation. Un questionnaire est rédigé, il est diffusé sur le marché* (c’est depuis qu’a été prise l’habitude du dimanche matin), à la sortie du métro, dans les jardins, certains commerçants les prennent en dépôt.

U&D organise une réunion publique le 21 novembre au cours de laquelle les habitants expriment leurs souhaits pour l’aménagement du secteur.

“Selon les ÉLUS, IL SERAIT TEMPS DE LAISSER DÉCIDER LES DÉCIDEURS ET CONSTRUIRE LES CONSTRUCTEURS... LES ASSOCIATIONS ET LES RIVERAINS NE SONT PAS D’ACCORD CAR À TERME, CE SERA BIEN AUX HABITANTS D’HABITER.”
(UNE ADHÉRENTE)

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